Une oeuvre vue à la loupe :
Moi-même, portrait-paysage, 1890

Ce "portrait-paysage" est d'une composition pour le moins inhabituelle. L'artiste s'est représenté en pied, au centre du tableau. A la verticalité du mât du bateau, et de celles des cheminées des maisons, est opposé le plan horizontal du pont du Carrousel. L'ensemble est agrémenté de plusieurs segments obliques qui se font écho (la proue et le pinceau, les cordages supportant les pavillons, les bords de route,...)

Photographie du
Port Saint-Nicolas.


pucef.gif (202 octets) Henri Rousseau réalise son autoportrait d'un manière peu conventionnelle. Il s'est doté de sa palette, de son long pinceau et de son feutre. Le noir, absent des courants impressionistes, est la couleur de son habit, qui contraste violemment avec le fond clair du ciel.
Par comparaison, ci-dessous trois autres autoportraits de peintres :

Cézanne


Picasso


Van Gogh


Henri Rousseau, du fait de ses perspectives hasardeuses, semblent flotter dans ce paysage.
Mais s'agit-il vraiment de perspectives hasardeuses ? Les badauds sur le quai semblent bien loin du Douanier.
Probablement cherche-t-il à marquer ses distances avec sa fonction de gabelou. Il tourne le dos aux quais comme s'il voulait rompre avec son passé, et se "promulguer" artiste.
Il a l'air pénétré, sévère, austère car il n'est plus question pour lui d'être considéré comme peintre du dimanche.
Il manque un chevalet dans ce paysage. Ne serait-ce pas le mât et les vergues qui en serait l'architecture géante, prête à accueillir une toile aux couleurs suggérées par les pavillons ?

En arrière-plan, la si controversée tour Eiffel, initialement peinte en jaune, et achevée en 1889. Le Douanier Rousseau et Seurat furent les premiers  à l'intégrer dans un tableau.
Le symbole du modernisme pour un peintre qui se  voulait moderne.  Mais c'est aussi le symbole de son ambition. Etre parmi les plus grands.






La Tour Eiffel
de Georges Seurat


Il est probable qu'Henri Rousseau souffrait d'un manque de reconnaissance de ses pairs. Sa notoriété, qu'il évaluait en découpant des coupures de presse dans les quotidiens, établissait davantage son manque d'apprentissage et son style peu académique.

Malgré tout, avec force patience, il visait à s'élever, comme en témoigne , la montgolfière à droite du tableau.

Les nuages qui reprennent la forme de son béret sont autant de condisciples qu'il espère égaler, voire dépasser.
A noter aussi: initialement, la tête et le chapeau avaient de plus grandes proportions.

  Sur la palette sont inscrits les prénoms de ses deux épouses : Clémence (décédée en 1888) et Joséphine. A noter que le peintre, grâce à un repeint, à effacer un autre prénom préalable à Joséphine.

Photographie de Clémence Boitard,
la première épouse du peintre